La yogathérapie : redonner le pouvoir d’autoguérison à l’individu



Introduction

Depuis quelques années, les scientifiques étudient les bienfaits du yoga sur la santé et les preuves s’accumulent sur ses effets que cela soit par exemple sur le sommeil (Roseen et al., 2019), pour les problèmes de dos (Aboagye et al., 2015; Saper et al., 2017), les migraines (Boroujeni et al., 2015) et même la sclérose en plaques (Thakur et al., 2019). Les résultats de ces études sont repris dans les médias et la santé apparait désormais comme une des motivations fortes incitant à passer la porte d’un cours de yoga. Une récente étude auprès des pratiquants en France soulignait ainsi que les attentes principales vis-à-vis du yoga étaient (1) d’évacuer le stress, se détendre (83%), (2) d’entretenir son corps (65%) et (3) de rester en bonne santé (37%) (Union Sport & Cycle and OLY Be, 2019). A tel point que les magazines grand public dédiés au yoga consacrent désormais des rubriques permanentes à la yogathérapie. Quel est le processus qui a permis la reconnaissance progressive d’une discipline aussi ancienne que le yoga comme système complémentaire de santé ? Qu’est-ce que réellement la yogathérapie ? Que peut-on en attendre ? Comment fonctionne-t-elle ? Et à qui est-elle destinée ? Ce sont autant de questions sur lesquelles cet article vise à apporter un éclairage.

Le yoga : une discipline holistique

Tout comme d’autres disciplines visant à relier le corps et l’esprit (Qi gong, Tai Chi par exemple), le yoga propose une approche holistique de l’individu, prenant en compte tout son être. Or, on sait que la maladie est rarement liée à un problème physique bien circonscrit. Au contraire, la recherche souligne de plus en plus les liens entre mental et physique que les yogis avaient établi il y a de nombreuses années (comme par exemple, celui entre les intestins et le cerveau (Enders et al., 2017)). Par ailleurs, notre système médical, de plus en plus technique et extrêmement performant pour le traitement de problèmes précis, peine à trouver des solutions réellement efficaces pour des maladies chroniques dont souffrent de plus en plus d’occidentaux. En travaillant à la fois le corps avec les postures, le souffle avec le contrôle de la respiration et l’esprit à travers la focalisation du mental et la méditation, le yoga travaille sur la globalité de l’être et améliore la constitution générale d’un individu favorisant ainsi un état de bonne santé.


D’une démarche spirituelle à la yogathérapie

Si l’on prend un peu de recul, il pourrait cependant paraitre étonnant de voir le yoga prendre ce chemin de la thérapie. Rappelons qu’à ses origines, le yoga était une démarche d’ascèse visant à libérer ses pratiquants du cercle des réincarnations. Il constituait donc une pratique spirituelle, certes holistique[1], mais essentiellement orientée vers la recherche de Dieu (ou peu importe comment on l’appelle). De ce fait, peu de références sont faites à l’aspect thérapeutique du yoga dans les textes anciens. On n’y trouve par exemple aucune mention directe dans les Yogas Sutras de Patanjali (dont la datation est difficile, mais située entre 5ème siècle avant notre ère et le 3ème siècle (Desmarais, 2008)). Il faut attendre le XVème siècle et le fameux traité Hatha Yoga Pradipika pour que cette question soit abordée. Une des strophes, le Sloka II.16 précise ainsi « le prānāyāma[2] correctement exécuté détruit toutes les maladies. Mais une pratique incorrecte engendre toutes les maladies » (Svātmārāma et al., 1978). Mais c’est clairement Krishnamacharya qui a contribué au développement de l’aspect thérapeutique du yoga grâce à la redécouverte du Yogarahasya[3], traité ancien daant de plus de 1 000 ans qui nous éclaire sur l'enseignement technique des pratiques visant à maintenir la santé et guérir les maladies. Deux slóka sont plus particulièrement intéressants. Le 27 souligne le rôle du yoga dans le processus de guérison : « Toutes les maladies qui ne peuvent être guéries par les médicaments et autres moyens seront traitées par la pratique solide du yoga. ». Alors que le 28 indique l’ensemble des techniques à la disposition du yogi : « Simple ou complexes, les maladies sont détruites par la pratique d’āsana[4], certaines par le prānāyāma, certaines par des régimes, certaines par la méditation et certaines par la pratique de rituels » (Krishnamacharya et al., 2015). Ces deux textes montrent donc le lien réel entre le yoga et non seulement la prévention mais aussi la guérison des maladies.

Redonner à l’élève sa capacité d’autoguérison

L’objectif de la yogathérapie est de permettre à un individu de retrouver ses capacités à se soigner et au final que la pratique du yoga remplace progressivement le traitement médical. Imaginez un système d’irrigation dans un champ[5]. Un des canaux est bouché et ne permet plus à l’agriculteur d’arroser ses plantations. Il ne va pas créer un nouveau système d’irrigation mais va essayer de déboucher le canal afin de permettre à son champ d'être de nouveau irrigué. D’après le Dr N. Chandrasekaran (2010), le rôle du yogathérapeuthe s’apparente au travail de cet agriculteur : l’objectif est de rouvrir les vannes qui permettent au corps d’être en bonne santé. Tout le système est basé sur l’idée que le corps est doué d’une grande intelligence et qu’il contient toutes les ressources pour se soigner. La maladie arrive quand le corps n’est plus en capacité de se régénérer. Il faut donc trouver où est le blocage et refaire couler l’énergie de vie. Le rôle du professeur est d’aider son élève à découvrir ce blocage. Puis, à travers une pratique quotidienne, le blocage pourra progressivement se réduire puis, à terme, disparaitre.

De cette idée, émane un autre avantage de la yogathérapie par rapport à d’autres systèmes complémentaires de santé : l’objectif d’autonomisation de l’élève. L’idée est que celui-ci puisse développer une connaissance suffisante de soi-même et du yoga pour se passer progressivement de son professeur et ne plus dépendre de quelqu’un pour sa santé. Cet objectif est au cœur des enseignements du professeur.

Une approche individuelle et holistique

La yogathérapie se pratique avec un professeur qualifié dans le cadre de cours particuliers, et non pas en cours collectif. En effet, chaque pratique correspond exactement aux besoins de l’élève au moment de la leçon. Il est à noter, par rapport à cela, que la yogathérapie est orientée individu et non pas maladie. Autrement dit, cinq personnes peuvent venir voir un yogathérapeuthe avec un problème de diabète, ils repartiront avec cinq séances différentes car chacun.e aura ses propres spécificités (âge, sexe, mode de vie, …).

Une séance de yogathérapie suit un processus. Elle commence par une discussion sur les attentes et les problèmes de l’élève. Vient ensuite une phase d’observation : le professeur demande à son élève de pratiquer certaines postures pour regarder les blocages, les douleurs ou au contraire les fluidités. Sur la base de ces deux phases, le professeur détermine un objectif pour son élève (à moyen terme) et il lui dessine une pratique, qui constitue une première étape pour atteindre cet objectif. Il lui fait pratiquer cette séance afin qu’il.elle assimile bien les techniques.

Dans la yogathérapie, tous les outils du yoga peuvent être utilisés : les asanas et les pranayamas bien sûr, mais aussi le chant de mantra, la méditation voire parfois aussi le changement d’attitudes de vie avec les autres (yamas et niyamas).

L’élève rentre ensuite chez lui et pratique quotidiennement sa séance. Puis il retourne voir son professeur pour faire un bilan par rapport à sa pratique. Rapprochées au début (hebdomadaires ou bi-mensuelles), les rencontres entre l’élève et le professeur s’espacent ensuite (semestrielles ou annuelles).

La yogathérapie adapté à tous

La yogathérapie n’est pas destinée qu'aux personnes avancées dans le yoga, au contraire, les techniques pouvant être très simples et ainsi être adaptées aux débutants. Il n’y a aucune restriction d’âge non plus. Enfin, le yoga peut apporter un soulagement voire une guérison de toutes les pathologies, qu’elles soient physiques ou mentales. Autrement dit, la yogathérapie est adaptée à tous. Attention cependant : la yogathérapie est un système de santé complémentaire. Elle n’est pas en soi une médecine mais vient en complément d’un traitement médical. Le yogathérapeuthe suit une formation spécifique venant compléter sa formation de professeur de yoga. Ajoutée à son expérience, il.elle développe certes des connaissances sur le fonctionnement des êtres humains mais n’est pas un médecin. Dans ce sens la yogathérapie ne peut donc se substituer à un suivi médical même si à termes, une fois l’état de bonne santé retrouvé, l’idée est que la pratique du yoga vienne progressivement remplacer le traitement médical. Par ailleurs, la yogathérapie ne peut fonctionner qu’avec un engagement réel de l’élève à pratiquer quotidiennement. C’est une condition essentielle au bon fonctionnement de cet outil puissant.


Formés par deux professeurs éminents dans le monde, le Dr Chandrasekaran et le Dr Coudron, nous sommes ravis de pouvoir apporter ces connaissances précieuses à Grenoble et sa région. N'hésitez pas à nous contacter pour plus d'information ou pour prendre rendez-vous.

Bibliographie :

Aboagye, E., Karlsson, M., Hagberg, J., Jensen, I., 2015. Cost-effectiveness of early interventions for non-specific low back pain: A randomized controlled study investigating medical yoga, exercise therapy and self-care advice. Journal of Rehabilitation Medicine 47, 167–173. https://doi.org/10.2340/16501977-1910

Boroujeni, M., Marandi, S., Esfarjani, F., Sattar, M., Shaygannejad, V., Javanmard, S., 2015. Yoga intervention on blood NO in female migraineurs. Advanced Biomedical Research 4, 259. https://doi.org/10.4103/2277-9175.172995

Chandrasekaran, N., Mazas, É., 2010. Yogathérapie: formation pratique. Tome 1 Tome 1. Agamat, Saint-Raphaël.

Desmarais, M.M., 2008. Changing minds: mind, consciousness, and identity in Patañjali’s Yoga--sūtra and cognitive neuroscience, 1st ed. ed. Motilal Banarsidass Publishers, Delhi.

Enders, G., Enders, J., Liber, I., 2017. Le charme discret de l’intestin: tout sur un organe mal aimé.

Krishnamacharya, T., Desikachar, T.K.V., Le Rue, C. de, 2015. Le Yogarahasya de sri Nathamuni. Agamat, Palaiseau (Essonne).

Powell, S., 2018. Visual and Material Evidence of Medieval Yoga and Yogis.

Roseen, E.J., Gerlovin, H., Femia, A., Cho, J., Bertisch, S., Redline, S., Sherman, K.J., Saper, R., 2019. Yoga, Physical Therapy, and Back Pain Education for Sleep Quality in Low-Income Racially Diverse Adults with Chronic Low Back Pain: a Secondary Analysis of a Randomized Controlled Trial. Journal of General Internal Medicine. https://doi.org/10.1007/s11606-019-05329-4

Saper, R.B., Lemaster, C., Delitto, A., Sherman, K.J., Herman, P.M., Sadikova, E., Stevans, J., Keosaian, J.E., Cerrada, C.J., Femia, A.L., Roseen, E.J., Gardiner, P., Gergen Barnett, K., Faulkner, C., Weinberg, J., 2017. Yoga, Physical Therapy, or Education for Chronic Low Back Pain: A Randomized Noninferiority Trial. Annals of Internal Medicine 167, 85. https://doi.org/10.7326/M16-2579

Svātmārāma, Filliozat, J., Michaël, T., 1978. Haṭha-yoga pradīpikā: un traité sanskrit de Haṭha-yoga. Fayard, Paris.

Thakur, P., Mohammad, A., Rastogi, Y.R., Saini, R.V., Saini, A.K., 2019. Yoga as an intervention to manage multiple sclerosis symptoms. Journal of Ayurveda and Integrative Medicine. https://doi.org/10.1016/j.jaim.2019.04.005

Union Sport & Cycle, OLY Be, 2019. Le baromètre du yoga - 1ère édition.


[1] Même si les recherches actuelles tendent à montrer que la pratique corporelle du yoga telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est arrivée que dans un deuxième temps. A l’origine, les postures étaient peu nombreuses, essentiellement assises et ne visaient que le maintien du corps pour la méditation (Powell, 2018) [2] Lees techniques de maitrise de la respiration pratiquées dans le yoga. [3] Plus exactement, ce texte lui a été révélé à 16 ans lors d’une vision par son ancêtre Nathamuni, un grand sage de l’Inde qui vivait au 9ème siècle. [4] Les postures pratiquées dans le yoga. [5] Cette image fait référence au Sûtra 3 du livre IV de Patanjali : « nimittam aprayojakam prakriteenaam varana bhedastu tatah ksetrikavat »

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